fotomemoireComment vivre de ses propres ressources après avoir bénéficié pendant près de trois décennies d’aides financières extérieures couvrant l’essentiel de ses besoins ? C’est le défi auquel est confronté le mensuel camerounais d’information agricole La Voix  du Paysan (LVDP). SOS Faim, l’ONG luxembourgeoise qui lui assure son soutien a annoncé son retrait pour 2016. L’enjeu pour le mensuel peut se résumer à trois options : trouver d’autres financeurs, se réformer en profondeur pour devenir autonome ou mettre la clé sous la porte. Le mémoire pose une analyse très intéressante de la question, livrant au passage une vision actuelle du Cameroun qui permet une mise à jour, le tout avec une qualité rédactionnelle très agréable, l'auteur, Serge Poirot étant journaliste professonnel.

Dans le cadre d’un stage, porté par l’ONG française Ouest Fraternité, j’ai été chargé d’une mission d’évaluation du fonctionnement du mensuel afin de préciser les conditions à réunir pour que LVDP puisse évoluer vers une plus grande autonomie. Cette mission a mis en évidence une grande difficulté à mettre en oeuvre les résolutions régulièrement prises pour développer les recettes afin de s’émanciper de la dépendance financière.

 La première partie du mémoire retrace la construction du SAILD, la naissance de La Voix du Paysan et l’évolution qui l’a amenée, en 27 années d’existence, à devenir un organe de presse original, atypique et un outil précieux pour les paysans camerounais.

J’expose ensuite le contexte géographique, économique, démographique et politique dans lequel s’est développé le mensuel.

La deuxième partie, qui reprend les constats et préconisations formulées dans le rapport d’évaluation, dresse une synthèse de ce qui peut être considéré comme atouts, faiblesses, opportunités et menaces.

La troisième partie propose de dépasser le constat pour avancer des pistes d’explication de la relation de dépendance. Il est question de la définition et de la cohérence du cadre logique, de la pertinence des objectifs, des méthodes et outils de suivi et d’évaluation, de la clarté et de la constance des intentions et objectifs du partenaire financeur.

Ces constats renvoient à la question de la dépendance à l’aide au développement, vivement débattue depuis plusieurs décennies. D’un côté, les détracteurs, socialistes soucieux d’indépendance ou néolibéraux défenseurs du marché, considèrent que l’aide conduit inévitablement à la dépendance. De l’autre, des analyses fondées sur des observations de terrain, concluent que la façon dont l’aide est accordée et mise en oeuvre joue un rôle essentiel. L’anthropologue Jean-Pierre Olivier de Sardan rappelle, lui, qu’un écart est inévitable entre les objectifs fixés et les résultats obtenus, ce que les experts du développement nomment « implementation gap ».

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